La CNIL se penche sur IQVIA

En France, la société commerciale états-unienne IQVIA met en œuvre deux entrepôts de données de santé : LRX pour les délivrances de médicaments issues des pharmacies, et EMR pour les consultations (diagnostics, symptômes, prescriptions, résultats d’examen, etc.) auprès de médecins généralistes. La CNIL a autorisé LRX en 2018 et EMR en 2021.

La moitié des pharmacies françaises envoient leurs données à IQVIA, qui détient ainsi des données médicales sur 40 millions de Français⋅e⋅s. En échange, elles obtiennent des études des ventes, qui leur permettent, soi-disant, de mieux gérer leur stock, d’anticiper les tendances, et de piloter leur affaire.

En 2021, Cash investigation s’est penchée sur LRX, et a relevé plusieurs manquements au RGPD.

Cinq ans plus tard, le 26 mars 2026, la formation restreinte, l’organe de sanction de la CNIL, s’est penchée sur LRX et IQVIA. PURR a assisté à la séance.

La séance fut retransmise dans une autre salle des locaux de la CNIL. En raison de difficultés techniques, les quinze premières minutes de la séance n’ont pas été retransmises.

Le rapporteur a soulevé les griefs suivants :

L’anonymisation n’en est pas une :

Rigolo : IQVIA a fait observer que les pharmacies devraient également être qualifiées de responsables de traitement (RT), au moins pour la première phase de pseudonymisation et pour le transfert au premier tiers de confiance (qui, lui, transmet à IQVIA, cf. les autorisations CNIL). Le rapporteur a fait valoir que c’est hors sujet (la séance portait sur IQVIA, pas sur autrui) et que, pour lui, les pharmacies ne sont pas RT. Pour PURR, Cash investigation fait état de l’ignorance des pharmaciens.

Le rapporteur a proposé que les mesures correctrices soient une amende de 5 millions d’euros, une injonction de mise en conformité, et une publicité de la décision afin que le plus grand nombre de personnes puissent exercer leurs droits.

IQVIA a rappelé que les données sont anonymes et qu’elle a déjà mis en œuvre les mesures correctrices demandées par le rapporteur, donc elle demande une absence de sanction, d’injonction, et de publicité. En cas d’amende, elle devrait être proportionnée au seul chiffre d’affaires des produits LRX et ERM.

Si IQVIA déplore la lenteur de la CNIL, PURR ne peut qu’en faire de même : Cash investigation diffusé en mai 2021, séance de la formation restreinte cinq ans plus tard…

Nous regrettons également la faiblesse de la réaction de la CNIL : aucune suppression des données mal acquises, et montant de l’amende proposée largement en deçà de la gravité des manquements et du profit retiré par IQVIA sur la période (un de ses commerciaux affirmait à Cash investigation, qui se faisait passer pour une potentielle cliente, qu’une étude IQVIA pour une pathologie, c’est 20 k€ minimum). On passe également d’une déclaration CNIL pour des « études [d’intérêt public] visant à l’évaluation de la bonne utilisation du médicament en vie réelle, l’analyse scientifique et statistique des phénomènes liés à la persistance, la conformité, le respect des prescriptions et des contre-indications », à des études de marché…